
Le cas de l’Asie montre qu’il n’existe aucune raison valable pour que l’Afrique reste pauvre
— Aliko DANGOTE
Introduction – Une course contre la montre
L’Afrique subsaharienne fait face à un défi inédit : absorber près d’un milliard de nouveaux travailleurs d’ici 2100, avec un pic de 18 millions d’entrants par an dès 2048.
Jamais dans l’histoire moderne une région n’a connu une telle pression démographique sur une période aussi longue.
Et pourtant, la structure économique du continent reste inchangée :
une industrie manufacturière bloquée sous les 13 % du PIB,
85 % des emplois informels,
près d’un tiers des travailleurs vivant sous le seuil de pauvreté malgré un emploi.
Le « dividende démographique » tant évoqué pourrait bien se transformer en bombe sociale.
Le grand paradoxe africain de l’emploi
Sur le papier, tout semble presque normal :
le taux de chômage officiel africain (≈ 6,7 %) est proche de la moyenne mondiale.
Mais cette statistique masque une réalité brutale :
en Afrique, avoir un emploi ne signifie pas sortir de la pauvreté.
La majorité des nouveaux entrants survivent dans :
le petit commerce informel,
la vente de rue,
le transport non régulé,
les micro-services à très faible productivité.
Ces activités absorbent la main-d’œuvre, mais ne créent ni compétences cumulatives, ni capital, ni avenir collectif.
Pourquoi l’industrie est irremplaçable
Historiquement, aucun pays n’a atteint un niveau de revenu intermédiaire sans passer par une phase d’industrialisation significative.
L’industrie manufacturière permet :
la création massive d’emplois productifs,
la montée en compétences techniques,
l’intégration dans les chaînes de valeur,
la captation locale de la valeur ajoutée.
Les pays asiatiques qui ont décollé ont tous franchi le seuil critique de 20–25 % de valeur ajoutée manufacturière dans le PIB.
L’Afrique, elle, n’a jamais atteint ce palier.
Le coût de l’inaction
Si la trajectoire actuelle se poursuit :
l’informalité restera dominante,
les tensions sociales s’aggraveront,
les migrations internes et externes augmenteront,
les États verront leur capacité fiscale s’éroder.
En clair : croissance sans développement, population jeune sans perspectives, et instabilité chronique.
Conclusion – Une décennie décisive
L’industrialisation n’est pas un luxe ni un slogan politique.
C’est la seule voie réaliste pour transformer la croissance démographique africaine en prospérité économique.
La question n’est plus faut-il industrialiser l’Afrique ?
Mais comment le faire vite, intelligemment et à l’échelle.

